Pendant les Journées du Patrimoine, deux parcours accompagnés entre l’Aven d’Orgnac et la grotte Chauvet ont réveillé inspirations et sensibilités
par Patricia Guillermin
En pleine préparation de l’exposition temporaire Plus belle la mort ! Enquêtes sur les rites funéraires de la Préhistoire, la Cité de la Préhistoire a pris contact avec l’association Le Ressort qui organisait des collectes de témoignages sur le thème de la mort. Outre leur participation au dispositif de l’exposition, des temps forts ont été imaginés sur ce thème, donnant lieu à un parcours d’éducation artistique et culturelle sur le territoire de la Communauté de Communes de Gorges de l’Ardèche. C’est au sein de ce parcours que des marches mortelles ont été imaginées. Il s’agit d’une émanation d’un séminaire du printemps de Marcher depuis la nuit des temps, où l’idée de marcher entre la grotte Chauvet et l’Aven d’Orgnac avait émergé.
De toutes ces inspirations, il est ressorti un double parcours de marches mortelles qui relient, à quelques kilomètres près, les deux cavités. Deux groupes d’une quinzaine de personnes ont ainsi marché une douzaine de kilomètres avec une immersion sensible et intime initiée et accompagnée par les intervenants du Ressort. Ces derniers ont mis en place des écoutes de témoignages enregistrés, diffusés collectivement par enceinte en pleine nature, ainsi que des temps de lecture de leur livre-recueil de témoignages.
Douze kilomètres qui chamboulent
D’autres interventions ont eu lieu sur des sites jalonnant les parcours : cénotaphe d’un spéléologue-plongeur, monument aux morts érigé en hommage à l’intégralité des habitants d’un hameau fusillés par les Allemands en 1944, cimetière protestant/catholique, dolmen ainsi que grotte sépulcrale de l’âge du Bronze… A chaque fois sous un angle intime et personnel. Les deux groupes se sont rejoints à l’église du village de Vagnas pour assister à un concert de chants polyphoniques dont le répertoire reste dans la thématique.

Les participants ont été surpris de se retrouver le temps d’une journée dans une ambiance intimiste et sensible. « Ils ne s’attendaient pas à vivre ça » observe le guide de la réserve naturelle qui assurait l’accompagnement et pour qui le rapport au groupe a été assez inhabituel puisqu’il a eu « l’impression de le connaître en seulement six heures de marche ».
Il est certain que l’immersion dans le sensible et l’intime donne tout de suite une autre intention à la marche : les langues se délient et un partage authentique se met en place. Les sites patrimoniaux rencontrés sont alors des points d’ancrage de récits partagés, de connexion à d’autres espace-temps, comme autant de caisses de résonance de nos intimes soudain éveillés et chamboulés, dans la simplicité et la profondeur.
C’est alors qu’une histoire intime et personnelle, parfois tragique, peut trouver sa place dans un collectif.
