Présentation à Florac

Récit par Betty Ruby, le 9 novembre 2021

Retour sur la présentation officielle du projet à Florac, le 4 nov. 2021

Jeudi 4 novembre 2021, à trois cents kilomètres des grottes de Lascaux (Montignac, Dordogne, Nouvelle-Aquitaine) et à une centaine de kilomètres de la grotte Chauvet (Vallon Pont d’Arc, Ardèche, Aura), l’Institut Agro (Florac Trois Rivières, Lozère, Occitanie) a accueilli la présentation officielle de Marcher depuis la Nuit des Temps.
Porté par l’agence culturelle Monik LéZart, le projet a réuni une cinquantaine de participants dont très peu venaient de la porte d’à côté. Ce mémo vise à rafraîchir la mémoire de ceux qui en étaient et, à permettre aux absents de croire qu’ils y étaient aussi.
Ainsi naît le récit…

Florac Trois Rivières accueille le projet Marcher Depuis la Nuit des Temps

10h30 – Mise en jambes
Performance dansée sur le parvis de l’Institut Agro-Florac

L’une arrive de Chauvet, l’autre de Lascaux et se rejoignent dans un paysage ancestral où les pierres sur leurs épaules les accompagnent dans leur marche ensoleillée vers l’amphithéâtre de Supagro. Nous les suivons gaiement …


10h45 – Mise en esprit
Cirqu’onférence sur la représentation de l’imaginaire

Georges Matichard, initiateur du projet

Geo Matiche de l’Agence Monik LéZart de l’Académie des Sens et chercheur en nooptique* commence par le début où il n’y a rien et traverse 4,7 milliards d’années d’évolution pour arriver aux éponges, donc aux animaux marins, donc à l’Homme et aux débuts de la spiritualité et à l’invention du récit. Nous voilà ainsi en deux deux et en se poilant à Chauvet (moins 36 000 ans) puis à Lascaux dont l’écart est une pichenette au regard de l’humanité comme elles ne sont distantes que de 20.000 ans et de 380 km, mais un grand pas pour l’histoire de l’art. En inventant le feu, l’ère glaciaire a créé les premiers théâtres puisque, au fond des grottes, la lumière des torches dessinait des formes bizarres propices à l’imagination, aux histoires à se raconter et à se transmettre. C’était le début des pratiques artistiques pas encore confiées aux professionnels que sont devenus les artistes.

Les échelles cosmiques du temps et des distances étant ainsi rappelées, l’assemblée possède désormais un contexte, un référentiel et un langage communs qui lui permet d’aborder sereinement Marcher depuis la Nuit des Temps

* Mode de vision employé lorsque l’esprit convoque l’imaginaire et permet aux yeux de voir sous la surface des choses


11h30 – Mise en branle
Naissance d’une idée folle

En rentrant de Corrèze à l’automne 2019, Georges Matichard visite Lascaux qui lui fait un effet bœuf et, sur les petites routes qui le ramènent vers Génolhac où il vit depuis 40 ans, il réalise que la trajectoire vers Chauvet est une ligne quasi directe. Bousculé par l’extrême beauté du paysage, il traverse des régions peu peuplées, cafies d’empreintes géologiques et de lieux de randonnées où la nature sollicite démesurément l’imaginaire. Ainsi naît l’idée : créer un chemin culturel et pluridisciplinaire entre Chauvet et Lascaux pour transmettre les rencontres et les inscrire durablement dans l’histoire des arts et des sciences.
De retour à la maison, Georges qui entend à la radio Jean-Michel Geneste présenter son dernier livre lui envoie aussi sec un mel. Aussi sec, cet ex-directeur du Centre national de Préhistoire lui répond…


11h40 – Mise en perspective
Le laisser penser de l’archéologie scientifique

Jean-Michel Geneste, archéologue

Archéologue depuis 50 ans, Jean-Michel Geneste sait combien la science, en construisant son autonomie et ses outils rationnels, s’est éloignée du reste du monde. Il fallait que quelque chose vienne d’ailleurs pour faire bouger les lignes. Que cet ailleurs arrive du spectacle vivant et d’un mel de Georges, voilà l’évidence un peu folle tombée du ciel. Les ponts entre l’art et la science ne datent pas d’hier puisque le système de représentation du monde s’est mis progressivement en place, il y a 36.000 ans avec l’origine de la figuration à Chauvet. Si l’homme est la dernière espèce, elle partage la même unité biologique que les éponges, virus ou bactéries : à son échelle, la nooptique de Monik LéZart rappelle la noosphère de Teilhard de Chardin. De fait, relier deux points majeurs de l’histoire de l’humanité en s’appuyant sur les connaissances et les techniques d’aujourd’hui pour appréhender les ressources patrimoniales des territoires permet de sortir, à la fois de l’abstraction scientifique et, de l’abstraction du temps. Car, si le temps est une abstraction dont nous ne connaissons rien, on peut aussi s’intéresser au temps de la conscience dont parle Bergson, du temps intérieur, de notre temps propre : celui de nos récits et de nos histoires. Réunir dans l’espace deux points de l’histoire de la pensée en les liant par une expérience sensible, voilà une façon autre et contemporaine de vivre la science.


11h50 – Mise en regards
Les primos appuis visuels

Michel Pena, directeur de la Fondation PaysSages a construit une utopie avec un lac au-dessus des nuages en haut de la montagne à deux pas de chez Georges / Pierre Soulages et son musée à Rodez pile entre Chauvet et Lascaux dont les Outrenoirs peuvent exprimer la lumière sortant de la grotte ornée du Pech Merle / Musée Les Écritures du Monde à Figeac / Tom Joseph, illustrateur pour écrire le projet et le mettre en forme


12h00 – Mise en route
De l’essence à la méthode

Désormais l’objectif est clair : faire marcher les gens sur un chemin à écrire, dans un récit collégial imaginé par une somme de gens nourriciers, de l’agriculture à la culture en passant par les paysagistes, ses artistes et ses (pré)historiens dans un territoire défini par les humains qui l’occupent, dans un espace dédié à la recherche fondamentale. Une sorte de Villa Médicis pour tous qui fédère l’artistique et le scientifique autour de l’imaginaire et de ses transmissions sur des chemins existants.

Des premiers repérages à la recherche de sentiers, lieux d’accueil et centres culturels ont été réalisés pendant l’été 2021. L’exploration d’une centaine de kilomètres sur le tronçon entre Chauvet et Florac a été fructueuse : – en Ardèche, AuRA : croisée de Jalès à Beaulieu ; Festival d’art singulier à Bannes ;  Lac de Michel Péna à Malbosc où passe le GR / – dans le Gard, Occitanie : compagnie Balagan de l’accordéoniste François Heim au hameau de Chalap Sénéchas / – en Lozère : Vialas hameau de Figeirolles, berceau de Roland Mousquès membre fondateur de l’association des Artisans bâtisseurs en pierres sèches, moulin de Bonijol ; Jean Poinsignon compositeur qui utilise les sons de la nature ; l’Espinas tiers lieux et asso Epi de mains ; Labo de Masméjean initiatives culturelles et résidences d’artistes.

Un tronçon du parcours, entre Vallon – Pont d’Arc et Florac

La suite de l’itinéraire reste à définir avec des étapes de 50 km de marche par semaine (soit 10 par jour, environ deux heures de marche lente, propice à la contemplation) avec une présentation publique de spectacle vivant en fabrication et en renouvellement permanent chaque week-end.
Partir de Chauvet pour arriver à Lascaux devrait prendre entre 7 et 8 semaines avec 8 personnes qui voyagent en continu pendant 5 jours et un turn over hebdomadaire – ou plus si affinités.

Partir de Florac ce 4 novembre 2021 pour arriver à la création du CIRM * et à l’autogestion du sentier et des résidences devrait prendre quatre étés et quatre phases de construction. Avec, comme horizon, l’été 2025 où tout sera identifié, cartographié, topographié et programmé pour qu’une caravane annuelle produise de la culture toutes les semaines entre Chauvet et Lascaux. Et que roule ma pool.

* CIRM : Centre d’imagination et de recherche en montagnes


12h20 – Mise en plis
Les interventions de l’assemblée

Michel Péna (paysagiste, fondation PaysSages) :
La culture au secours de la nature qui associe sciences et art dans une démarche sensible pour réapprendre à marcher dans un territoire à vocation culturelle extrêmement forte, c’est super comme projet mais on finance comment, avec quels budgets ? s’inspirer des montages des chemins comme Compostelle, créer une Fondation ?
Réponse de Georges : pour l’instant le budget vient des fonds propres de l’Agence Monik LéZart mais il faudra demander de l’aide aux Drac et Régions et solliciter les collectivités territoriales pour un multi-financement. Envisager une Fondation, pourquoi pas ?  Nous on est des artistes, on sait faire autre chose que courir derrière des appels d’offre et des dossiers de subventions… En réalité, c’est un projet sans construction de bâti dont la mise en valeur de l’existant et l’inscription dans une dynamique de réseaux implique de nombreuses ressources humaines. Il nécessite un énorme temps de travail en amont et avec les résidents. Si Monik LéZart peut porter la création du projet, au moment du CIRM, elle devra s’en détacher. Comment ? Association, structure fixe, coopérative ? 

Maelie Guillerm (La nouvelle dimension, asso ciné) :
Comment s’associer pour proposer par exemple des projections itinérantes ?
Réponse de Georges : les acteurs locaux s’emparent du projet et chacun s’inscrit avec ce qu’il sait faire, son projet propre et voit comment produire du récit et du contenu. Il profite du réseau qui joue de trois idées : passage, tissage, brassage. Ainsi chaque structure participante organise sa propre logistique qui consiste à recevoir la caravane un jour ou deux et à organiser une soirée. On propose une structure narrative commune à capitaliser au sein d’une identité mais pas un financement des lieux.

Régis Bayle (élu au Conseil Général d’Occitanie) :
Vous proposez un projet original qui mêle itinérance, histoire patrimoniale culturelle et touristique dans une grande transversalité. On a, dans les Cévennes, des sentiers Nord Sud comme les sentiers de Stevenson ou de St Guilhem structurés par des associations, mais rien d’Est en Ouest. Il existe déjà des hébergeurs qui tirent des ressources de ces sentiers et versent donc une cotisation aux associations. Il faudrait aussi voir les appels à projet Massif Central qui proposent des recettes à durée déterminée, reconduites ou non. Les comités départementaux de tourisme devraient aussi être intéressés. En tout cas, le cabinet de la Présidente de la Région comme le Service culture et patrimoine suivent votre projet avec un intérêt certain. Mais on est en début de mandat et on attend les doctrines régionales qui seront adoptées à l’été 2022 pour y voir plus clair. Comme élu de la ruralité et des territoires périphériques, la territorialisation de l’action culturelle entre Cévennes et Périgord m’intéresse beaucoup.

Lucile & Anne (Chemin de Stevenson) :
Notre chemin est fréquenté et rencontre un vrai succès mais créer un réseau avec des prestataires de tourisme et des hébergeurs est un réel casse-tête qui représente beaucoup de travail. On a mis dix ans pour le construire. Aujourd’hui l’association compte 3 salariés (= 1 ETP) et l’apport des prestataires représente un tiers environ du budget. Le montage des dossiers pour créer une vraie dynamique est vraiment difficile. Vous pourriez néanmoins vous appuyer sur le centre pédagogique de Supagro qui croise les disciplines et sur les travaux de Jean Corneloup, sociologue de l’itinérance.
Réponse de Georges : c’est grâce à des pionniers comme vous qui avez défriché le terrain de la transversalité avec des projets atypiques, qu’on espère que ça sera plus simple.

Juliette Weittstein (Parc des Cévennes) :
Les parcs du Massif Central regroupés dans le réseau IPAMAC proposent tous des appels à projets pour accueillir des artistes. L’art et l’itinérance appartiennent pleinement à nos missions qui peuvent financer des résidences.

Denis Bertrand (élu du canton de Florac et vice-président du Conseil Départemental) :
La Lozère qui est confrontée à une véritable problématique démographique est très sensible à ce qui peut amener de la population et attirer des gens nouveaux. J’étais à l’initiative du Chemin St Guilhem et je connais bien les difficultés rencontrées. Notamment en ce qui concerne les hébergements dont on manque cruellement sur le département. Il faudrait donc vous rapprocher du Comité Massif central.

Fred Sancère (Derrière le hublot, Capdénac, Aveyron) :
Il existe en effet de nombreux services administratifs censés aider comme le Comité Massif central ou les Territoires leaders de l’Union européenne qui proposent tous des programmes intelligents. La difficulté de la transversalité est de trouver les bonnes personnes dans les bons services qui bien souvent sont trop spécifiques et cloisonnés.
Réponse de Georges : l’ingénierie de l’accompagnement de projets transversaux sur trois régions n’est pas une mince affaire mais on peut s’inspirer de projets comme RailCoop (liaison ferroviaire entre Lyon et Bordeaux) ou des transports culturels et agri culturels en Méditerranée.


13h15 – Mise à la porte
Quitter Supagro et continuer


13h30 – Mise en bouche
Apéro & buffet rencontre

Les vins nature généreusement offerts par Gilles Azzoni, le food truck d’Anne Fourchette, le souriant service de Jane et Lucas, le brouhaha joyeux de la Nuit des Temps où chacun y va de ses expériences et de ses visions pour la suite


16h30 – Mise en demeures
Retour en ordre dispersé

Chacun rentre chez soi en se demandant de quelle manière contribuer à cette prodigieuse aventure collective


Composition de l’assemblée du 4 novembre 2021 à Florac

Organisation : Monik Lézart
Guilhaine Albert, Pauline Hoa, Georges Matichard

Ils étaient là :
Gilles Azzoni, vigneron ; Régis Bayle, Région Occitanie (élu) ; Denis Bertrand, Vice-Président du Conseil Départemental de Lozère et du canton de Florac ; Sébastien Blancher, DRAC Occitanie (conseiller action culturelle et territoire Aveyron & Tarn) ; Morgane Coste Marre , L’Entente (UNESCO) ; Jean-Michel Geneste, archéologue ; Patricia Geneste, productrice cinéma ; Maelie Guillerm, La nouvelle dimension (asso ciné Florac) ; Eliette Guine , La filature du Mazel ; Cyril Jalmi, Labo de Masméjean ; François Lelong, plasticien ; Alexandra Mouadine, Région Occitanie (Patrimoine et Archéologie) ; Helena Nitze, Chevaux Takh ; Anne Chrétien Nourry, Chemin de Stevenson ; Lucile Pantel, Aire Naturelle de camping « La Barette » ; Michel Pena, paysagiste ; Jean-Louis Perrin, Chevaux Takh ; Pascale Lefevre et Jean Poinsignon, compositeurs, Emmanuelle Regagnon, CNRS (archéologue) ; Odile Roudiere, Conseil Départemental de Lozère (Comité départemental de randonnée pédestre) ; Betty Ruby, médiatrice ; Fred Sancere, Derrière le Hublot ; Juliette Weittstein, Parc des Cévennes

Ils étaient encadrés par les soutiens amicaux de Monik Lézart :
Nathalie Baldo, Shani Breton, Léo & Marie Carraggi, Domi & Myriam Chaboche, Pascale Fayet, Lucas Ibarri, Véro Pasquet, François Pecqueur, Michel Pichot, Anne Marie Reymond

L’agence Monik LéZart produit des spectacles, des textes, des images et des objets. Elle se crée un monde et aime à le partager.