Préhistoire d’un ruisseau

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En s’inspirant très largement de l’esprit de Marcher depuis la nuit des temps, mais à une échelle bien plus réduite, la fouille sensible d’un tout petit territoire montre comment on peut aborder l’histoire d’un lieu par sa partie sensible. L’exemple de la vallée de l’Abeau, à Bonnevaux

par Georges Matichard

?Quelle histoire! est un programme de fouille sensible de la vallée de l’Abeau à Bonnevaux, à cheval entre l’Ardèche et le Gard. Il s’est construit assez spontanément, dans l’idée d’aborder l’histoire d’un lieu par sa partie sensible. Nous avions déjà parlé de fouilles sensibles, voilà qu’elles s’incarnent.

Ici c’est par le ruisseau qui a sculpté la vallée qu’est explorée la préhistoire du lieu, avec le relief du pourquoi et comment les humains ont forgé le paysage. Un autre portrait historique se dresse alors avec ce nouveau regard, en complément des connaissances déjà établies. En effet, avec ses 77 habitants, le petit village de Bonnevaux a déjà fait l’objet d’une recherche historique qui a vu l’édition d’un ouvrage détaillé, écrit par une historienne locale, Marie Lucy Dumas.

Avec peu de budget et en faisant appel aux ressources locales, ?Quelle Histoire! démontre une nouvelle fois comment la ruralité, riche de ses habitants et de son temps long, reste un refuge/laboratoire à rebours des tourments de “la-vie-qui-va-trop-vite” actuelle, comme une précieuse réserve de temps.

C’est ainsi qu’en plusieurs séances, cette petite vallée, délimitée ici par le bassin versant de son ruisseau, a été explorée de sa source à son embouchure, et s’est montrée sous un autre jour plus cohérent avec ses origines, enfin reliée à sa préhistoire.
Il faut savoir que les 11 kilomètres du cours de l’Abeau sont aujourd’hui coupés en deux, au beau milieu de sa longueur, par une incongrue frontière régionale. Ce barrage administratif sépare les deux seules communes qu’il irrigue : Bonnevaux, en partie haute se trouve dans le Gard (région Occitanie) et Malbosc, dans sa partie basse se trouve en Ardèche (région AURA).

Le rythme des invitations publiques a provoqué un véritable enthousiasme dans la population qui s’est vite passionnée pour l’exercice. Une collecte de documents a fait ressurgir des éléments méconnus, a ouvert les albums photos des hameaux, et c’est ainsi qu’a surgit une photo de paysage fantastique de Robert Doisneau venu passer ses vacances en 1961 ! Nous avons fort à parier qu’elle n’est pas la seule, des habitants poursuivent aujourd’hui l’enquête…

La dernière session aura lieu le week-end du 7 et 8 février 2026 à Bonnevaux avec l’inauguration d’une exposition sur l’histoire sensible de la vallée de l’Abeau. Photographies privées, cartographies anciennes et photos aériennes y seront exposées en complément de plusieurs panneaux sur la géologie, la préhistoire, les pierres gravées du néolithique …

Cette aventure locale, témoigne avec brio des suites possibles envisageables un peu partout. C’est une transformation heureuse de tout ce qu’a pu inspirer Marcher depuis la nuit des temps : l’exploration avec le corps, les rencontres et le partage des connaissances, dans le temps long qui prend sa source dans notre préhistoire. 

?Quelle Histoire! : une aventure en trois temps

– septembre 2025 : De la géologie aux premiers habitants

– décembre 2025 : Pierres taillées, pierres dressées, pierres gravées et pierres bâties
Lire le récit d’Annette Jost

– 7 et février 2026 : Histoire du paysage de Bonnevaux ; cette dernière journée verra l’inauguration d’une exposition participative relatant le fil des travaux de ces fouilles sensibles.

Nous remercions chaleureusement les intervenants venus gracieusement jouer le jeu de ?Quelle Histoire ! : Jean Guillaume Bordes pour la préhistoire, Jean Paul Passeron pour la géologie, Eric et Catherine Olivier pour les pierres gravées, Marc Dombre pour les pierres bâties, Marie Lucy Dumas pour l’histoire, ainsi que tous les habitant-es contributeurs-trices…