Semaine 3

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Marche du 13 mai au 17 mai

Départ : Le Tomple (48) ➤ Arrivée : Le Rozier (48)

Notre semaine

par Nathalie Vinot, marcheuse

Dès la première nuit chez Thomas, perchés sous les étoiles à la Grange aux Lunes, nous sommes rentrés dans une zone d’interflou. Comme rite de passage nous avons bu un vin étrange au cépage interdit et le rossignol a chanté toute la nuit sur nos têtes. Puis nous avons commencé à marcher, à découvrir l’immense horizontalité du Causse, des collines, des buissons, des fleurs bleues, jaunes, violettes, du ciel vaste, des cailloux, des nuages, des cailloux, des nuages…

Nous avons changé de focale, passant selon nos sensibilités, du macrocosme au microcosme. Nez au vent respirant le grand large, la cage thoracique en accordéon, milans, corbeaux, vautours… Nez au sol plongeant dans un monde miniature au ras des lichens et des mousses, scarabées, bousiers, papillons… Et les mystérieux amas de chenilles grouillant comme des petits cerveaux remplis de pensées urticantes : Aaaah qu’est ce qu’on va faire le jour de la récitution ? Serons nous brillants, vifs, subtils ? Mais quand tu marches, tu marches, et c’est bon !

Au fil des jours les injonctions lâchent, il s’agit juste alors de se laisser faire, de rencontrer, partager, d’éprouver, d’être traversé par le paysage et les gens incroyables qui vivent là. Alors le temps et l’espace se dilatent, bientôt nous percevons l’écho lointain de l’océan quand le vent souffle dans les arbres. Et peu à peu nous comprenons la singularité de cette île de pirates perchée dans le ciel, cette peau de cailloux et de pierres. Nous découvrons les lavognes, les gouttières, les citernes enfouies, toutes ces tentatives humaines de retenir l’eau précieuse qui continuellement s’enfuit. Nous rentrons dans l’épaisseur et la rudesse du causse. En visitant la ferme caussenarde avec Hélène, c’est l’histoire de son arrière grand-mère, louée à sept ans comme bergère et dormant avec les brebis, le minuscule baquet d’eau pour la journée et l’omelette de quatre œufs pour une famille nombreuse, qui nous remuent le ventre. Nous admirons l’ingénieuse beauté de cette architecture de pierres : faire avec ce qui est là et du sol au toit, envoûter les cailloux.

Sur ce grand plateau calcaire, il y a aussi des trous, des gouffres de solitude où l’eau et l’inspiration des fées disparaissent. Alors on descend dans un vieux funiculaire au fin fond de l’Aven d’Armand, émerveillés comme des mômes, on découvre cette grotte où durant des centaines de milliers d’années, l’eau goutte à goutte a façonné une fabuleuse forêt de stalagmites. Ici caché dans le ventre rond de la terre, tout le vivant s’entremêle : minéral, végétal, animal. Des méduses de pierres, de la dentelle organique, des palmiers surréalistes, un monde jamais vu nous rentre dedans goutte à goutte et réveille nos imaginaires impatients.

Goutte à goutte toute l’épaisseur du voyage se dépose en nous. Il nous reste à suivre jusqu’au bout, la piste de l’eau, planer une dernière fois dans l’envergure des vautours en haut des gorges, savoir qu’ils feront tout disparaître de nous, le moment venu. Puis redescendre vers les roses du Rozier, manger une glace, s’asseoir les pieds dans l’eau, écouter la rivière et enfin tous les trois se taire.

Le récit de la semaine

par Nathalie Baldo

Nathalie, Christophe et Tiphaine, les trois marcheurs de cette quatrième semaine partent ce lundi matin du Mas Rouchet, en lisière de falaise, avec pour horizon les confins du causse Méjean. Ils se sont rencontrés pour la première fois la veille au soir, mais déjà quelque chose se noue sur ce territoire battu par les vents. Tiphaine attrape le minuscule, Nathalie les couleurs, Christophe les sons.

La marche de ce jour est ponctuée de pauses : Fred Bousquet les accueille pour une pause café-visite de son atelier, un champ de boutons d’or les reçoit pour le pique-nique du midi, le paysage les avale, les suspend, les appelle. L’auberge du Channet à Nivoliès les loge pour la nuit. L’accueil est chaleureux.

Mardi est un jour de grande pluie. L’auberge reste ouverte et l’équipe reste à l’abri avant de rejoindre Takh pour une présentation du projet par Jean-Louis et Cyrielle. Il pleut encore. Les marcheurs rejoignent Drigas et sont accueillis pour la nuit par Jean- Marc et Viviane à la Cabane de L’Adrech.
Le mercredi le groupe rencontre Guillaume Xueref, meunier du Moulin à vent de La Borie, avant de rejoindre le site de l’Aven d’Armand. Descente dans les grandes profondeurs du causse pour découvrir ce que l’eau fait au calcaire… Rencontre avec Christel Caruso-Gaillard, directrice de l’Aven Armand et Léo de Radio Bartas. Nuit à la ferme de Hyelzas.

Jeudi, matinée à la Ferme Caussenarde avec Hélène Pratlong arrière petite-fille des propriétaires de ce grand domaine. Nuit à St Pierre des Tripiers au Gîte de la Vialle.
Une longue marche en descente dans les méandres des Gorges du Tarn le vendredi et arrivée à Le Bez, ultime étape où le groupe est accueilli par Corinne Soustiel et Muriel Lacan. La toiture du domaine est en reconstruction. Un gigantesque atelier de taille de
lauzes nous renvoie directement à l’école de taille de l’Espinas…
Toute la semaine, l’Atelier nomade de Marcher depuis la Nuit des temps s’est installé à l’office de tourisme de Séverac-le-Château et Georges a rencontré les élèves de CM2 de l’école Jean Moulin et leur enseignante Bénédicte pour une promenade à travers le
temps, ainsi que les élèves de l’école de Hure-la-Parade et leurs imaginaires ouverts en grand.

Samedi de fête sous la pluie, malgré la pluie, avec la pluie.
Le Bez s’organise, s’adapte, pare à toutes les averses pour que le temps de rencontre/ restitution soit possible et joyeux. L’accueil est plus que chaleureux. Vers 11heures Magali Feuillas, herboriste, emporte le public dans une promenade/cueillette contée.
À 13h marcheurs, public et hôtesses se retrouvent pour un pique-nique enrichi d’une salade faite de la cueillette du jour.
Dans le milieu d’après-midi, à l’abri au premier étage de la grande demeure encore en travaux, entre pierres et sable, Muriel Lacan nous invite à un voyage dans le vivant… Allongés les yeux fermés dans de chaudes couvertures nous l’écoutons raconter et nos imaginaires nous emportent.

Samedi est aussi jour de restitution pour les marcheurs. Christophe, Nathalie et Tiphaine nous partagent leur semaine sur le causse, cette île sous les nuages

Les 3 marcheureuses

Tiphaine Laurent

Ethnopaysagiste et illustratrice

De formation paysagiste, Tiphaine Laurent s’intéresse à nos manières d’habiter les paysages et d’entrer en relation avec eux. L’observation fine du vivant, des territoires de chacun, de nos comportements avec les autres, de nos créations, la fascinent. Tout comme les autres vivants, qu’ils soient lichen, blaireau, bousier ou fougère. Ayant revu Lascaux 4 il y a peu, ces images ne la quittent plus.

Christophe Petchanatz

Artiste musical et auteur

Des études diverses – psychiatrie, gérontologie, ressources humaines – pionnier de la littérature électronique dans les années 90, auteur de poésie, chroniqueur, micro-éditeur, Christophe écrit, musique, et bricole des images depuis longtemps. Et même avec l’intelligence artificielle.

Nathalie Vinot

Comédienne et chanteuse

Inventant sur scène des textes mêlant poésie, chant et théâtre, Nathalie aime boire du paysage et de l’espace temps , rallumer les loupiotes imaginantes en respirant grand large, brasser de la rencontre, de l’inconnu, de la petite magie vibratile, se réveiller les mollets et les méninges archaïques,

caresser du caillou, siffloter à l’alouette, se laisser traverser et marcher, rigoler, discuter, chanter, se taire, écrire, écouter, raconter…

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    Illustrations : Tom Joseph

    Avec le soutien de